1984 : Manzanares pour l’éternité

[En voyant son fils Jose Mari fouler les arènes de Madrid en début de semaine, le souvenir de Jose Maria Manzanares père revient toujours à la surface, et particulièrement à Tyrosse où, de son propre aveu, « le maestro des maestros » dessina une des plus grandes faenas de sa carrière un dimanche de juillet 1984. Sous la plume de Philippe Gelez, replongeons nous dans cette année 1984 qui marquait le cinquantième anniversaire de nos arènes.]

Cette année Tyrosse va fêter la célébration du cinquantenaire de la première corrida donnée en 1934 dans les nouvelles arènes du « bois du Curé » dès lors baptisées Arènes Marcel Dangou.

Pour l’occasion, le Cercle Taurin, empresa du coso tyrossais, décide, en hommage à Marcel Dangou, d’organiser une corrida axée sur les toreros pour se différencier et tenter de concurrencer Mont-de-Marsan qui organise le même jour une corrida de Tulio y Isaias Vasquez.

Pensez donc, un cartel composé de Palomo Linares, le vieux guerrier, José Mari Manzanares, le numéro 1 de l’escalafon et Antonio Ruiz Espartaco, le grand espoir du moment.

Pour donner le change à ce trio de figuras une corrida a été choisi chez le ganadero salmantin Juan Ignacio Perez Tabernero « Montalvo ».

Mais si le guichet laissait un goût amer aux organisateurs, la prestation de José Mari Manazanares resterait dans les annales de la plaza, le torero avouant lui-même quelques temps après, avoir réalisé ce jour-là une des plus brillantes prestations de sa carrière.

Relisons tout simplement Claude Pelletier dans son papier de la revue « Toros » du 5 août 1984 intitulé « Manzanares… vertigineux ! »

« Reste ce Manzanares qui nous signe peut-être le gros coup de la saison… Il a fallu rendre les armes au 5e, un torillo camus, frisotté, de 5ans, armé court mais fin et qui avait sa pointe de tempérament. Quelle faena ! Indescriptible bien sûr ; pourquoi décrire et comment ? A la seconde série nous étions culbutés. Une muleta lente, profonde et longue en bouche, avec un drapé lourd et claquant droit, avec des terminaisons qui sont des invites et des reprises qui n’en finissent plus. Bon Dieu ! quel torero ! Le Manzanares est monté au ciel, et nous avec, et tout le temps que ça flottait parmi les nuages il n’y a pas eu une faute de goût, un emportement irraisonné, une passe loupée, un poil qui dépasse .»

Malgré une épée douteuse logée au second essai, Hervé Touya bouleversé par tant de classe laisse tomber une oreille du palco, mais c’est le toro entier qu’il fallait octroyer.

A son premier José Mari avait déjà coupé une oreille après une faena précise conclue par un bon coup d’épée.

Le reste forcément est apparu un peu fade : Palomo tout d’abord nous ressort son registre de vieux guerrier usé par de trop nombreuses campagnes. Le cœur est toujours là, mais les armes se sont un peu enrayées. Le public lui en est tout de même reconnaissant et lui réserve deux ovations qui font chaud au cœur.

La déception viendra du sévillan Espartaco qui malgré son statut de jeune loup nous sert une soupe insipide à deux toros du même tonneau. Lorsqu’on a 22 ans et que l’on prétend occuper les avant postes de la toreria, on n’a pas le droit de se moquer des gens, même dans une arène de 3e catégorie. Le respect reste une valeur fondamentale de cette profession (silence poli et oreille de sympathie).