26 juillet 1998

[Retour 20 ans en arrière avec la première corrida de Palha lidiée à Tyrosse, et pour un coup d’essai ce fut un coup de maître…]

Joao Folque de Mendoza, nouvel organisateur des corridas tyrossaises, avait décidé, jamais mieux servi que par soi-même, d’amener ses propres toros de Palha. Et l’on peut dire qu’en une course, l’élevage portugais est déjà entré au Panthéon de la plaza landaise.

La course aura malgré tout un peu de mal à se lancer. Face au deux premiers brusques et pas toujours obéissants, Luis Francisco Espla et Manuel Caballero abrégeront leurs labeurs d’une manière un peu suffisante (silence aux deux).

Mais quand José Ignacio Ramos va quitter son burladero la corrida va changer de ton. Lui, le second couteau va donner une leçon de vergogne à ces deux « vedettes » qui ne daignent pas se salir le costume pour affronter les vrais toros. Après trois piques de brave et un tercio de banderilles de costaud, le torero de Burgos ne cédera pas un pouce de terrain face à la caste brulante et la violence du Palha. Le combat est épique et le public conquis devant tant d’émotion. Après un grand volapié le toro va lutter longuement avant de s’affaisser et le torero coupera une oreille de poids bruyamment réclamé par la foule.

Si je ne veux pas passer pour un pleutre il faut y aller ! se dit Bambino. Le professionnalisme de l’Alicantino va faire le reste. Le 4e toro, cinq ans bien sonnés, fortement et longuement piqué est un costaud, méchant de surcroit ! Sûr de sa technique et de sa vista, le torero va l’embrouiller dans une faena de sa composition au cours d’un lutte sans concession où aucun des deux protagonistes ne veut céder. Une épée adroite mettra fin au combat et une oreille tombera dans l’escarcelle d’Espla.

Le cinquième et un sournois qui après une bonne ration de piques va partir se planquer vers la porte des torils où il semble dire à Caballero : viens ici qu’on s’explique. Et c’est dans cette querencia que le torero va avoir raison du félon au prix d’un combat gagné une fois encore par le torero. Une grande épée aura raison du toro et une nouvelle oreille tombera du palco. Vingt ans après Caballero parle encore des Palha de Tyrosse !

Au 6e arrive enfin le drame que tout le public pressentait. Piqué au vif par la réaction de ses deux compagnons de cartel, Ramos veut triompher. Il commence par réaliser un immense tercio de banderilles. Mis en confiance il tente une quatrième paire au quiebro mais l’animal traverse la piste comme un TGV et lui « colle un timbre » qui le projette contre les barrières. Secoué mais pas abattu, José Ignacio revient au combat en grimaçant. Mais le fauve a compris qui se qui se cachait derrière ce drap rouge. Au deuxième muletazo le toro se détend et administre une seconde rouste que tout le monde imagine fatale. Pendant de longues secondes le torero sera soulevé, secoué, encorné, piétiné par un animal enragé qui ne veut pas le lâcher.

Arrivé en état de choc clinique à l’infirmerie, le torero s’en sortira miraculeusement avec de fortes commotions et une épaule cassée alors qu’Espla en finira avec le redoutable portugais. Une oreille récompensera ce dramatique combat et le public encore étourdi par le drame qu’il venait de vivre va faire un triomphe aux deux valides et au mayoral, « la placita landaise a vécu une grande tarde de toros. Par la caste ravageuse d’une superbe lot de Palha et le courage des toreros qui consentirent à leur faire front. Les toros portugais eurent un comportement d’authentiques fauves qui s’employèrent longuement sous le fer en 18 rencontres, pour la plupart sérieuses, et terminèrent le plus souvent avides de combat » écrira Pierre Vygnaud dans la revue Toros.

A la fin de la temporada l’association des critiques taurins du Sud Ouest va octroyer une mention spéciale pour ce lot de toros hors d’âge.

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